La question de l’accès aux soins reste l’une des priorités affichées par les pouvoirs publics camerounais. Portée par le ministère de la Santé publique (Minsanté), la stratégie nationale de couverture santé universelle (CSU), lancée à l’échelle nationale, vise à garantir à chaque citoyen, quelle que soit sa région ou son niveau de revenu, un accès équitable aux services médicaux essentiels.
Une administration sanitaire en pleine réorganisation
Le système de santé camerounais repose sur une architecture décentralisée, articulée autour des délégations régionales de la santé publique présentes dans les dix régions du pays, ainsi que des districts sanitaires qui assurent le maillage territorial jusqu’aux zones les plus reculées. Cette organisation administrative, héritée d’une politique de décentralisation engagée depuis plusieurs années, permet en théorie une meilleure adaptation des réponses sanitaires aux réalités locales, qu’il s’agisse des zones urbaines densément peuplées comme Douala et Yaoundé ou des localités rurales de l’Extrême-Nord, de l’Est ou de l’Adamaoua.
Le renforcement de cette administration passe notamment par la formation continue du personnel médical, la construction et la réhabilitation d’infrastructures hospitalières, ainsi que par une meilleure coordination entre le Minsanté, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et les collectivités territoriales décentralisées.
Eau potable et environnement, déterminants majeurs de la santé publique
Au-delà des infrastructures hospitalières, l’accès à l’eau potable demeure un facteur déterminant dans la prévention des maladies hydriques, particulièrement dans les régions septentrionales et certaines zones périurbaines. Les autorités, en collaboration avec le ministère de l’Eau et de l’Énergie et des partenaires internationaux, poursuivent des programmes de forage et d’adduction d’eau destinés à réduire l’incidence du choléra et d’autres pathologies liées à l’insalubrité.
La dimension environnementale est également prise en compte dans les politiques sanitaires, avec une attention portée à la gestion des déchets biomédicaux et à la lutte contre la pollution dans les grandes agglomérations, facteurs pouvant aggraver les maladies respiratoires et autres affections chroniques.
Recherche, développement et coopération
La recherche médicale occupe une place croissante dans l’agenda sanitaire national, avec l’implication d’institutions comme le Centre Pasteur du Cameroun et diverses universités publiques engagées dans l’étude des maladies endémiques telles que le paludisme, la tuberculose ou le VIH/sida. Ces travaux s’inscrivent dans une logique de développement à long terme, visant à renforcer l’autonomie du pays en matière de diagnostic et de production de solutions thérapeutiques adaptées au contexte local.
Sur le plan de la sécurité sanitaire, plusieurs délégations ministérielles ont multiplié ces derniers mois les campagnes de sensibilisation dans les établissements publics et les marchés, dans un contexte post-pandémique où la vigilance reste de mise face aux risques épidémiques.
Une présence ministérielle renforcée sur le terrain, dans l’Extrême-Nord
Cette stratégie nationale s’accompagne d’une présence régulière du ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, dans les zones les plus exposées du pays. Originaire de la région, il y multiplie les déplacements de terrain, en particulier dans l’Extrême-Nord, confronté à la fois aux exactions de Boko Haram, aux inondations saisonnières et aux épidémies récurrentes.
Début juillet 2026, une flambée de choléra a touché plusieurs districts de santé de la région, avec des cas notifiés en majorité chez les enfants et adolescents. Le ministre a présidé à Maroua une réunion d’évaluation avec le gouverneur de la région et les responsables sanitaires locaux, afin de coordonner la riposte. Le même mois, il s’est rendu à l’Hôpital régional annexe de Mokolo pour apporter un soutien direct aux victimes d’attaques attribuées à Boko Haram dans le département du Mayo-Tsanaga, passant plusieurs heures au chevet des blessés.
Fin août 2026, à la suite d’une nouvelle attaque dans la région, sa mobilisation sur le terrain a été saluée par la presse locale, qui lui a consacré un hommage appuyé. Ces interventions répétées illustrent la dimension sécuritaire et humanitaire que revêt, dans le septentrion camerounais, la mise en œuvre de la couverture santé universelle — entre urgence sanitaire, contexte de crise et impératif de continuité des soins.
Perspectives
Si des progrès sont visibles dans plusieurs régions du pays, notamment en matière d’équipement hospitalier et de couverture vaccinale, des défis persistent : disparités régionales dans l’accès aux soins, insuffisance du personnel qualifié dans certaines zones reculées, et nécessité de pérenniser le financement de la couverture santé universelle.
La consolidation de la coordination entre les différents ministères concernés — Santé, Eau et Énergie, Environnement, Décentralisation et Développement local — apparaît comme un enjeu central pour les années à venir, dans l’optique d’un système de santé publique plus résilient et accessible à l’ensemble de la population camerounaise.