Le Cameroun cherche à consolider sa production céréalière face à une demande intérieure croissante, portée par la démographie urbaine et les besoins de l’industrie agroalimentaire. Maïs, sorgho, mil et riz constituent l’essentiel des céréales cultivées, principalement dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua, tandis que le blé demeure massivement importé pour approvisionner les minoteries installées à Douala et Yaoundé.
Une production concentrée dans les régions septentrionales
Le maïs reste la céréale la plus cultivée sur le territoire, avec des bassins de production majeurs dans l’Ouest, le Centre et le Littoral, en complément des zones septentrionales où dominent le sorgho et le mil, mieux adaptés aux conditions climatiques semi-arides. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER) accompagne ces filières à travers des programmes de distribution de semences améliorées et d’encadrement technique des producteurs, dans l’objectif d’améliorer les rendements à l’hectare, encore jugés modestes par rapport au potentiel agronomique du pays.
La riziculture, notamment dans la plaine du Logone-et-Chari et les périmètres irrigués de la SEMRY, contribue également à l’offre nationale, sans toutefois couvrir la totalité de la consommation intérieure, notamment en zones urbaines où le riz importé reste très présent dans les habitudes alimentaires.
Le poids des importations et le rôle de la douane
Le Cameroun continue d’importer des volumes significatifs de blé et de riz pour satisfaire une demande urbaine en constante progression. Ces flux transitent majoritairement par le port autonome de Douala, principal point d’entrée des céréales destinées à la transformation industrielle. La Direction générale des douanes, sous tutelle du ministère des Finances (MINFI), assure le contrôle et la taxation de ces importations, tandis que la Direction générale des impôts (DGI) veille à la collecte des prélèvements fiscaux liés à la commercialisation de ces produits sur le marché intérieur.
Ces importations pèsent sur la balance commerciale du pays et exposent les consommateurs camerounais aux fluctuations des cours mondiaux des céréales, un phénomène observé ces dernières années à la faveur des tensions sur les marchés internationaux du blé, exacerbées par des conflits géopolitiques affectant les grands pays exportateurs.
Sécurité alimentaire et politiques publiques
Face à cette dépendance, le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) inscrit le renforcement de la production céréalière locale parmi les priorités des stratégies de développement agricole, en cohérence avec les objectifs de la Stratégie nationale de développement. L’idée est de réduire progressivement la facture d’importation tout en sécurisant l’approvisionnement des populations, en particulier dans les régions les plus vulnérables aux crises alimentaires, comme l’Extrême-Nord, régulièrement affectée par des déficits pluviométriques et des tensions sécuritaires limitant l’accès aux champs.
Les autorités municipales, à travers certaines mairies, participent aussi à l’appui logistique des marchés céréaliers locaux, notamment par la gestion d’infrastructures de stockage et de vente au détail, essentielles pour réguler les prix en période de soudure.
Des défis structurels persistants
Plusieurs obstacles freinent encore le développement de la filière : accès limité au financement pour les petits producteurs, insuffisance des infrastructures de stockage post-récolte, difficultés de transport reliant les zones de production aux centres de consommation, et vulnérabilité climatique dans les régions septentrionales. Le développement du transport ferroviaire, notamment via Camrail, et l’amélioration des routes rurales sont régulièrement évoqués comme des leviers susceptibles de réduire les pertes post-récolte et de fluidifier la commercialisation des céréales entre régions productrices et marchés urbains.
Perspectives
La filière céréalière camerounaise se trouve à un moment charnière, entre volonté affichée de renforcer l’autosuffisance et réalité d’une dépendance persistante aux importations. Les efforts conjoints du MINADER, du MINEPAT et des institutions fiscales et douanières seront déterminants pour orienter les investissements vers une production plus résiliente, capable de mieux répondre aux besoins alimentaires d’une population urbaine en forte croissance.