Bamenda, 4 octobre, C’est dans une atmosphère chargée d’émotion et de tension que l’homme politique Issa Tchiroma Bakary a tenu un discours très attendu à Bamenda, épicentre symbolique de la crise anglophone. Devant une foule nombreuse, l’ancien ministre a lancé un appel à la réconciliation nationale, promettant une amnistie pour les prisonniers politiques et l’organisation prochaine d’une table ronde inclusive. « Je suis très heureux. Je suis très heureux d’être ici à Bamenda. Bamenda, c’est ma maison, c’est ma maison », a-t-il déclaré en ouverture, cherchant à créer un lien direct avec une population longtemps marginalisée.
Une promesse d’amnistie dans les mois à venir
L’une des annonces les plus marquantes de son intervention a été sa volonté de libérer tous les prisonniers politiques. « Je vais libérer tous les prisonniers politiques qui sont dans ce pays, je vais leur accorder l’amnistie », a-t-il affirmé, précisant un délai de mise en œuvre de « trois à quatre mois ».
Cette déclaration ouvre la voie à une mesure de grande portée, susceptible de transformer le climat politique, à condition d’être suivie d’effets concrets.
Table ronde nationale : vers un dialogue sans tabous
Issa Tchiroma a également insisté sur la nécessité de réunir tous les protagonistes de la crise pour un dialogue national. Il a évoqué une table ronde à venir, ouverte à toutes les sensibilités : sécessionnistes, fédéralistes, partisans du statu quo. « Même si ce que j’ai à dire ne vous plaît pas, écoutez », a-t-il lancé, appelant à une culture de l’écoute mutuelle pour surmonter les divisions.
Il a décrit cette démarche comme un effort pour « comprendre la cause principale du problème qui a cassé notre nation en deux ou trois parties ».
Changement de posture : de porte-parole à décideur
L’ancien ministre de la Communication a reconnu son passé au sein du gouvernement, tout en se positionnant aujourd’hui comme porteur d’une nouvelle dynamique. « Quand j’étais ministre… j’ai dit qu’il n’y avait pas de problème anglophone. C’était le message qu’on m’avait demandé de transmettre. Mais maintenant, je vais gérer ce pays. » Une déclaration reçue par des acclamations répétées, signe d’un public sensible à ce changement de ton.
Critique du gouvernement et urgence économique
Dans un passage très critique, il a dénoncé la mauvaise gestion des ressources nationales : « Nous sommes assis sur le bois, l’huile, les minéraux… pendant que nos enfants sont sans emploi. C’est inacceptable. » Il a pointé « l’incompétence » de la classe dirigeante actuelle, appelant implicitement à une rupture avec les pratiques de gouvernance en place.
Le 12 octobre en ligne de mire
Enfin, Tchiroma a fait référence à l’échéance politique du 12 octobre, sans en préciser les contours, et a encouragé ses partisans à se mobiliser : « Je vous demande, une fois que vous avez fait votre boullot, n’allez pas très loin. »
Les annonces de M. Tchiroma ouvrent une série de questions cruciales : la mise en œuvre effective d’une amnistie, l’organisation d’un dialogue national crédible et inclusif, la réaction des pouvoirs publics et des groupes armés. Dans un contexte où la défiance est forte, le chemin vers la réconciliation s’annonce aussi complexe qu’indispensable.



